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DÉCLARATION COMMUNE
DU PAPE JEAN-PAUL II ET DU PATRIARCHE THÉOCTISTE

12 octobre 2002

 

«Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, 
moi en eux comme toi en moi, pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite et qu’ainsi le monde puisse connaître 
que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé» 

(Jn 17, 22-23)

 

Dans la joie profonde de nous retrouver ensemble dans la ville de Rome, près de la tombe des saints Apôtres Pierre et Paul, nous échangeons le baiser de paix sous le regard de Celui qui veille sur son Église et qui guide nos pas; et nous méditons une nouvelle fois ces paroles que l’évangéliste Jean nous a transmises et qui constituent la prière émouvante du Christ à la veille de sa Passion.

1. Notre rencontre se place dans la ligne du baiser que nous avons échangé à Bucarest au mois de mai 1999, tandis que résonne encore dans notre cœur l’appel émouvant: «Unitate, unitate! Unité, unité!», qu’une grande foule de fidèles a fait monter spontanément devant nous en cette occasion. Cet appel se faisait l’écho de la prière de notre Seigneur pour «que tous soient un» (Jn 17, 21).

La rencontre de ce jour renforce notre engagement à prier et à travailler pour atteindre la pleine unité visible de tous les disciples du Christ. Notre but et notre désir ardent, c’est la pleine communion qui n’est pas absorption, mais communion dans la vérité et dans l’amour. C’est un chemin irréversible pour lequel il n’y a pas d’alternative: c’est le chemin de l’Église.

2. Marquées encore par la triste période historique durant laquelle on a nié le Nom et la Seigneurie du Rédempteur, les communautés chrétiennes en Roumanie rencontrent encore fréquemment aujourd’hui des difficultés à dépasser les effets négatifs que ces années ont eus sur la mise en œuvre de la fraternité et du partage, ainsi que sur la recherche de la communion. Notre rencontre doit être considérée comme un exemple: les frères doivent se retrouver pour se réconcilier, pour réfléchir ensemble, pour découvrir des moyens de parvenir à s’entendre, pour exposer et expliquer les arguments des uns et des autres. Nous exhortons donc ceux qui sont appelés à vivre côte à côte sur la même terre roumaine à trouver des solutions de justice et de charité. Par un dialogue sincère, il faut dépasser les conflits, les malentendus et les soupçons issus du passé, afin que, dans cette période décisive de leur histoire, les chrétiens en Roumanie puissent être des témoins de la paix et de la réconciliation.

3. Nos relations doivent être le reflet de la communion réelle et profonde dans le Christ, qui existe déjà entre nous, même si elle n’est pas encore plénière. En effet, nous reconnaissons avec joie que nous avons ensemble la tradition de l’Église indivise, centrée sur le mystère de l’Eucharistie, dont témoignent les saints que nous avons en commun dans nos calendriers. D’autre part, les nombreux témoins de la foi dans les temps d’oppression et de persécution du siècle écoulé, qui ont montré leur fidélité au Christ, sont un germe d’espérance dans les difficultés présentes.

Pour alimenter la recherche de la pleine communion, même dans les divergences doctrinales qui demeurent encore, il convient de trouver des moyens concrets, en instaurant des consultations régulières, avec la conviction qu’aucune situation difficile n’est destinée à perdurer de manière irrémédiable, et que grâce à l’attitude d’écoute et de dialogue, et à l’échange régulier d’informations, des solutions satisfaisantes peuvent être trouvées, pour aplanir les points de friction et pour parvenir à une solution équitable des problèmes concrets. Il convient de renforcer ce processus pour que la pleine vérité de la foi devienne un patrimoine commun, partagé par les uns et les autres, et capable de faire naître une convivialité véritablement pacifique, enracinée et fondée sur la charité.

Nous savons bien comment nous comporter pour établir les orientations qui doivent conduire l’œuvre d’évangélisation, si nécessaire après la période sombre de l’athéisme d’État. Nous sommes d’accord pour reconnaître la tradition religieuse et culturelle de chaque peuple, mais aussi la liberté religieuse.

L’évangélisation ne peut pas être fondée sur un esprit de compétitivité, mais sur le respect réciproque et sur la coopération, qui reconnaissent à chacun la liberté de vivre selon ses propres convictions, dans le respect de son appartenance religieuse.

4. Dans le développement de nos contacts, à partir des Conférences Panorthodoxes et du Concile Vatican II, nous avons été témoins d’un rapprochement prometteur entre l’Orient et l’Occident, fondé sur la prière, sur le dialogue dans la charité et dans la vérité, si dense de moments de profonde communion. C’est pourquoi nous considérons avec préoccupation les difficultés que traverse actuellement la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxeet, à l’occasion de notre rencontre, nous désirons formuler le souhait que l’on ne néglige aucune initiative pour réactiver le dialogue théologique et pour relancer l’activité de la commission. Nous avons le devoir de le faire, car le dialogue théologique rendra plus forte l’affirmation de notre volonté partagée de communion face à la situation actuelle de division.

5. L’Église n’est pas une réalité fermée sur elle-même: elle est envoyée au monde et elle est ouverte au monde. Les nouvelles possibilités qui se créent dans une Europe déjà unie, et qui sont en train d’étendre ses frontières pour associer les peuples et les cultures de la partie centrale et orientale du Continent, constituent un défi que les chrétiens d’Orient et d’Occident doivent affronter ensemble. Plus ces derniers seront unis dans leur témoignage à l’unique Seigneur, plus ils contribueront à donner voix, consistance et espace à l’âme chrétienne de l’Europe, à la sainteté de la vie, à la dignité et aux droits fondamentaux de la personne humaine, à la justice et à la solidarité, à la paix, à la réconciliation, aux valeurs de la famille, à la protection de la création. L’Europe tout entière a besoin de la richesse culturelle forgée par le Christianisme.

L’Église orthodoxe de Roumanie, centre de contacts et d’échanges entre les fécondes traditions slaves et byzantines de l’Orient, et l’Église de Rome qui, dans sa composante latine, évoque la voix occidentale de l’unique Église du Christ, doivent contribuer ensemble à une tâche qui caractérise le troisième millénaire. Selon l’expression traditionnelle et si belle, les Églises particulières aiment à s’appeler Églises sœurs. S’ouvrir à cette dimension signifie collaborer pour redonner à l’Europe son ethos le plus profond et son visage véritablement humain.

C’est dans telles perspectives et dans telles dispositions qu’ensemble nous nous confions au Seigneur, l’implorant de nous rendre dignes d’édifier le Corps du Christ, «jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Ep 4, 13).

 

Au Vatican, le 12 octobre 2002.

 

[Service d'information 111 (2002/IV) 216-217]